Sur le chantier voisin, les murs montent en blocs gris. Deux rues plus loin, ils sont orange. Et dans votre tête, la question tourne depuis la première visite chez un constructeur : brique ou parpaing ?
On vous a sans doute répondu avec aplomb, dans un sens ou dans l'autre. La brique « respire », le parpaing « a fait ses preuves »… Ces slogans ont un point commun : ils parlent du bloc, alors que votre facture de chauffage, elle, dépend du mur.
Brique ou parpaing : lequel choisir ? Aucun n'est meilleur en soi. Les deux sont des maçonneries courantes et éprouvées ; ce qui les départage, c'est la performance du mur complet (bloc, isolant, enduit), son bilan carbone dans le calcul RE2020 et son prix une fois posé, à comparer sur devis.
Nous reprenons ici ce que disent les textes officiels, puis les questions à poser pour trancher sur votre projet.
Deux maçonneries, une même règle de l'art
Commençons par le vocabulaire. Le « parpaing » du langage courant est un bloc en béton de granulats, le plus souvent creux. La « brique » d'une maison neuve n'est presque jamais la petite brique pleine des façades anciennes : c'est un bloc en terre cuite, percé d'alvéoles verticales.
Ces deux familles relèvent de la même catégorie : la maçonnerie de petits éléments. Leur mise en œuvre pour les murs d'un bâtiment est encadrée par la norme NF DTU 20.1, dont la version en vigueur date de juillet 2020.
Autrement dit, aucun des deux n'est une solution « de seconde zone ». Un mur en blocs béton bien monté vaut mieux qu'un mur en briques mal monté, et l'inverse est tout aussi vrai. La qualité d'exécution (chaînages, joints, liaisons avec les planchers) pèse au moins autant que le choix du bloc.
Ce qui change vraiment, c'est la manière dont chaque mur atteint sa performance thermique. Et c'est là que le débat devient intéressant.
L'isolation se joue sur le mur complet
Les règles de calcul thermique du ministère, dites règles Th-Bat, fascicule « Parois opaques » (édition de décembre 2017), distinguent deux logiques de mur.
La première est la maçonnerie courante, « à base de béton ou de terre cuite », dont la conductivité thermique équivalente est égale ou supérieure à 0,7 W/(m.K). En clair : un mur qui porte la maison, mais qui isole peu. Il lui faut un isolant rapporté, en général un doublage collé côté intérieur.
La seconde est l'isolation répartie, que le même texte définit ainsi :
Isolation répartie : isolation assurée exclusivement par l'épaisseur de la partie porteuse de la paroi (ex. : blocs à perforations verticales en terre cuite, blocs en béton cellulaire).
Voilà d'où vient la réputation isolante de la brique : certains blocs de terre cuite, assez épais et assez alvéolés, peuvent isoler sans doublage. Mais tous ne le font pas. Le fascicule « Matériaux » des mêmes règles donne pour la terre cuite des conductivités par défaut allant de 0,38 à 1,04 W/(m.K) selon sa masse volumique. D'une brique à l'autre, l'écart est donc énorme.

Une brique de faible épaisseur se double d'un isolant, exactement comme un parpaing. La différence se joue alors sur quelques centimètres d'isolant en plus ou en moins. Et le fameux bloc « monomur » vise justement à se passer de doublage, mais au prix d'un mur plus épais.
La seule comparaison qui tienne porte donc sur la résistance thermique du mur fini (la valeur R, en m².K/W : plus elle est haute, mieux le mur isole), isolant compris. Elle figure dans l'étude thermique de votre maison. Pour un bloc donné, sa propre valeur certifiée se lit sur la fiche technique du fabricant, pas dans une brochure commerciale.
Un dernier point, rarement évoqué : les ponts thermiques. Les jonctions entre murs et planchers, les tableaux de fenêtres, les angles laissent passer la chaleur, quel que soit le bloc. Leur traitement dépend du système constructif retenu et figure lui aussi dans le calcul.
La RE2020 compare des maisons, pas des blocs
Depuis 2022, la réglementation environnementale ajoute un critère : l'impact carbone de la construction. Nous en avons détaillé les seuils dans notre guide sur ce que la RE2020 change pour les matériaux et le chantier.
Ce calcul ne repose pas sur une idée générale du type « la brique est plus naturelle » ou « le béton émet beaucoup ». Le guide RE2020 du ministère et du Cerema (janvier 2024) l'explique : pour être pris en compte, un produit doit faire l'objet d'une déclaration environnementale fournie par son fabricant et vérifiée par une tierce partie indépendante, la FDES. À défaut, le calcul utilise une donnée par défaut fournie par le ministère.
Ces données sont rassemblées dans la base INIES, consultable gratuitement. Vous pouvez y chercher le bloc précis que propose votre constructeur. Méfiez-vous en revanche des comparaisons toutes faites entre « la » brique et « le » parpaing : deux produits d'une même famille n'ont pas forcément la même déclaration.
Surtout, le bilan se fait sur la maison entière : fondations, planchers, isolants, menuiseries, équipements. Les murs en sont une part, pas la totalité. Un bloc un peu plus émetteur peut être compensé ailleurs, et l'inverse aussi. La question utile n'est donc pas « quel matériau est le plus vert ? », mais « ma maison passe-t-elle le seuil, et avec quelle marge ? ».
Le prix se compare à mur fini
Vous attendiez un prix au mètre carré ? Nous n'en donnerons pas : les tarifs varient selon la région, le fabricant, l'épaisseur du bloc et l'entreprise, et aucune source publique fiable ne les publie à jour. Un chiffre recopié ici serait faux chez vous.
En revanche, on peut vous dire quoi comparer. Le prix d'un bloc seul ne veut rien dire. Ce qui compte, c'est le coût du mur fini et isolé, posé :
- le bloc et son mortier ou sa colle ;
- l'isolant et le doublage éventuels, avec leur pose ;
- l'enduit extérieur ;
- la main-d'œuvre, qui dépend de la technique de pose et des habitudes des équipes locales ;
- l'effet de l'épaisseur du mur sur la surface habitable, à emprise au sol égale.
La méthode la plus simple : demandez au constructeur de chiffrer les deux variantes sur votre propre plan, avec la valeur R du mur obtenu dans chaque cas. Vous comparerez alors deux murs équivalents, pas deux palettes de blocs.
Le gros œuvre n'est d'ailleurs qu'un poste parmi d'autres. Pour le replacer dans l'ensemble, consultez notre guide sur le prix du contrat et ce qu'il laisse de côté.
Ce que le contrat doit écrire noir sur blanc
Dans un contrat de construction de maison individuelle, le choix des murs n'est pas une promesse orale. Il doit figurer dans la notice descriptive annexée au contrat, dont le modèle est fixé par l'arrêté du 27 novembre 1991, modifié en dernier lieu par un arrêté du 3 décembre 2024.
Cette notice décrit les ouvrages et les fournitures prévus. Les travaux de gros œuvre, de mise hors d'eau et hors d'air y forment l'engagement minimum du constructeur. Une mention vague comme « maçonnerie traditionnelle » laisse beaucoup de latitude. Une mention précise (nature du bloc, épaisseur, isolant, enduit) vous protège.
Le conseil de la rédaction
Avant de signer, vérifiez que la notice descriptive nomme le type de bloc, son épaisseur, l'isolant et son épaisseur ou sa résistance thermique. Si le constructeur se réserve la possibilité de changer de produit, demandez que ce soit « à performance au moins équivalente », et que l'étude thermique reste celle jointe au permis.
Le moment de poser ces questions, c'est avant la signature, quand vous pouvez encore négocier. Notre guide sur la signature du contrat de construction en connaissance de cause détaille les autres points à vérifier.
Pour une clause dont la portée vous échappe, l'ADIL de votre département répond gratuitement aux questions juridiques des particuliers.
FAQ — Brique ou parpaing
Une maison en brique est-elle mieux isolée qu'une maison en parpaing ?
Pas forcément. Une brique alvéolaire épaisse isole mieux qu'un parpaing creux à épaisseur égale, mais c'est la résistance thermique du mur complet, isolant compris, qui compte. Un mur en parpaing doublé d'un isolant performant peut faire aussi bien, voire mieux. Comparez la valeur R du mur fini indiquée dans l'étude thermique.
Le parpaing est-il interdit par la RE2020 ?
Non. La RE2020 ne bannit aucun matériau : elle plafonne l'impact carbone de toute la maison, calculé à partir des déclarations environnementales des produits mis en œuvre. Un mur en parpaing reste possible tant que le bilan global de la maison respecte le seuil applicable à la date de dépôt du permis.
Peut-on demander au constructeur de remplacer le parpaing par de la brique ?
Oui, mais cela se négocie avant la signature du contrat. Demandez un chiffrage de la variante, son effet sur l'étude thermique RE2020 et la mise à jour de la notice descriptive annexée au contrat de construction de maison individuelle.
Où trouver les performances exactes d'une brique ou d'un bloc béton ?
Dans la fiche technique du produit, qui indique sa résistance thermique, et dans sa déclaration environnementale publiée sur la base INIES, consultable gratuitement. Le nom exact du produit doit figurer dans la notice descriptive ou dans les documents remis par le constructeur.
Conclusion
« Brique ou parpaing ? » est une bonne question… posée au mauvais niveau. Le bloc n'est qu'une couche d'un mur, et le mur qu'une partie d'une maison que la RE2020 juge dans son ensemble.
Les textes officiels ne désignent pas de gagnant. Ils fournissent en revanche de quoi comparer : la résistance thermique du mur fini, la déclaration environnementale de chaque produit, la notice descriptive du contrat. Avec ces trois documents en main, vous ne choisirez plus entre deux slogans, mais entre deux murs chiffrés.
Reste une question que nous n'avons fait qu'effleurer : comment ces murs se comportent-ils pendant les vagues de chaleur, maintenant que la RE2020 mesure aussi le confort d'été ? Un sujet sur lequel la conception de la maison, son orientation et ses protections solaires comptent au moins autant que le matériau.
